Madagascar. Rivo Rakotovao, un hors-la-loi qui s’ignore ?

Jeudi, 26 Février 2015 18:02 Dossier
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Le super ministre Rivo Rakotovao doit apprendre à savoir que celui qui détient l'information détient le pouvoir. Et pour le moment, il s'agit de moi, 30 ans journalisme et plus.

Le JT de Tv Plus Madagascar ce 26 février 2015 (extraits ci-dessus). Voici ce qu’il avait déclaré en direct et je ne suis pas encore sourd: « Il y a eu une loi sur la double tutelle [des sociétés à participation publique], qui a été votée en septembre 2014 ». En français, svp ! seulement voilà: la partie où il a fait cette déclaration a été escamotée dans la version pour youtube, si bien que ce n'est plus lui qu'on entend mais la voix off de la journaliste qui a confirmé ce mois de septembre 2014. En tout cas, ci-dessous, la preuve de ce mensonge éhonté.


Il n’y a jamais de session (ordinaire ou extraordinaire) au mois de septembre 2014 à l’Assemblée nationale de Tsimbazaza. Par ailleurs, la loi n°024-23 du 22 août 2014, concernant la représentation de l’état, concerne uniquement les collectivités décentralisées et ne touche aucunement le domaine de gestions des sociétés à participation publique.


Trois rotariens au sommet du pouvoir à Madagascar, et avec des pouvoirs immenses mal maîtrisés, ce n'est plus une coïncidence... C'est un complot contre le peuple malgache

Cela dit, revenons à cette histoire avec le Trésor public qui indique que lui, Rivo Rakotovao, ami rotarien du président de la république et du Premier ministre actuel, croit dur comme fer qu’il peut tout se permettre à ce seul titre. En plus, qui l’a nommé super ministre chargé de ses travaux "urgents" ? Sous toutes les républiques passées, il est indéniable que l’argent des contribuables géré par le Trésor public, était utilisé à des fins personnelles par tous les tenants du pouvoir. Il était extrêmement difficile, sinon de le prouver (malgré des preuves irréfutables), du moins de les poursuivre et de les condamner.

Hery Rajaonarimampianina, ministre des Finances et du Budget durant cinq années (tout un mandat présidentiel !) doit en connaître tout un chapitre à ce sujet. Et certainement qu’il est parti d’un bon sentiment en promulguant la loi 2014-014 du 6 août 2014 relatives aux sociétés commerciales à participation publique. Voici cette loi dans son entièreté :


Que retenir de cette loi n°2014-014 ? D’abord, l’article 3 stipule que « le Trésor Public, représenté par son Directeur Général, est le représentant es-qualité de l’État actionnaire. À cet effet, il est le seul représentant de l’État actionnaire dès l’Assemblée Générale constitutive jusqu’à la liquidation de la société à participation de l’État ». Ensuite, l’article 6 indique clairement que « les sociétés à participation de l’Etat sont soumises aux tutelles : 1). du Ministère chargé des Finances, tutelle financière. Il est chargé : - d’apporter la participation de l’État dans le capital social de la société ; - de gérer les parts d’actions appartenant à l’État dans la société ; - d’initier tous les recrutements des dirigeants des sociétés à participation unique ou majoritaire de l’État, 2). d’un ou des Ministères assurant la tutelle technique de la société. Ils sont chargés d’élaborer et d’appliquer la politique générale du Gouvernement sur les secteurs d’activité concernés. Ils ne doivent pas s’ingérer dans la gestion de la société ».

Et voici les arguments de l'ensemble du personnel du Trésor public, représenté par des délégués :

COMMUNIQUE

Depuis 2011, le Trésor Public a mis en œuvre des réformes en profondeur dans le cadre des cinq défis qu’il s’est fixés. Cinq défis qui tendent vers des objectifs de bonne gouvernance, de retour à l’orthodoxie financière et à l’Etat de droit tant prônés par les responsables politiques.

Par ailleurs, parallèlement à la mise en œuvre de ces réformes, le Trésor Public a assumé pleinement ses responsabilités en assurant le financement de l’Etat et des subventions conséquentes du secteur pétrolier et de l’énergie dans un contexte difficile et hostile, depuis 2009 à ce jour.

Le Trésor Public reconnaît que des résistances puissent se manifester, comme pour tout changement, contre les réformes qu’il a préconisées. C’est pourquoi, il a mis en place une stratégie et une structure de communication qui tendent à promouvoir les débats et discussions. Il tient toutefois à préciser que toutes les mesures qui ont été prises jusqu’ici se basent sur les dispositions légales et réglementaires en vigueur sur le territoire et ont reçu l’appui technique et financier de nos principaux partenaires.

Cependant, le personnel du Trésor Public ne peut accepter que ceux qui sont contre ces réformes aillent jusqu’à adopter des comportements extrêmes. En effet, ces derniers temps, dénigrements, intimidations, menaces, acharnements de tout genre sont devenus le lot quotidien du Trésor Public.

Face à tout cela, le personnel du Trésor Public :

Et ici, une grande question se pose : où est donc passé le ministre des Finances et du Budget importé droit du Canada, Rakotoarimanana Gervais Maurice ? N’a-t-il pas son mot à dire dans cette minable affaire d’abus de pouvoir perpétré par un parvenu sans limite ?

"Nous ne reculerons pas dans nos efforts d'assainissement de la gestion de l'argent des contribuables"

En effet, fort du fait qu'il est ministre d'Etat, voilà le Rivo Rakotovao qui, survolant le ministre de tutelle légal, « s’impose » au Directeur général du Trésor public pour que celui-ci débloque la somme de 40 milliards d’ariary. Ni plus ni moins. Pourquoi ? Parce qu’il a promis que son département allait s’occuper de la réhabilitation des rues d’Antananarivo, avec un budget à hauteur de 11 milliards d’ariary. Or donc, le monde entier sait, désormais, comment il allait se procurer ce budget mais en se montrant très gourmand, 40 milliards étant le quadruple de 11 milliards moins 4.

Quel a été son argument ? Une simple communication lors du conseil de gouvernement du 24 février 2015, ci-après raccourci au sujet qui nous intéresse ici :

Le ministre Rakotoarimanana Gervais Maurice : Rigueur, intégrité, transparence. Concernant la réforme dans la gestion, le ministre avait annoncé que des mesures seront prises pour que ces dernières puissent faire des bénéfices dans leurs activités. Une analyse financière est prévue pour les rendre efficaces et efficientes. D’après les données du Trésor public, sur les 158 sociétés à participation de l’État dans les années 80, il n’en reste plus que 53. Sur ces 31% restants, la majorité est en déclin et connait des problèmes financiers. Il sait, à présent, pourquoi... (Source l'Express de Madagascar du 31.01.2015)

Pour en revenir au nouveau ministre des Finances et du Budget, j’ai l’intime conviction qu’il ne veut pas tremper dans ce genre de magouille sévèrement réprimé au Canada sans aucun doute. Car il avait déjà déclaré, à sa prise de fonction que "la rigueur, l'intégrité et la transparence seront les trois valeurs que j'appliquerai dans mon département". Va-t-il démissionner après la démarche de bélier de Rivo Rakotovao à qui il ne doit rien et qui ne lui doit rien ? Cela est plausible vu qu’il est encore « vierge » des méthodes politiques à Madagascar. Il n’a donc rien à perdre. Mais son silence peut aussi être interprété comme un silence complice, vu que c'est un autre Malgache ayant étudié au Canada (Trois-Rivières Québec) qui l'a nommé... En tout cas son enthousiasme du début semble s'être envolé.

Le past president rotarien devenu Général de Brigade et Premier ministre à côté de celui qui lui a permis d'accéder à tout çà, à l'heure du crime, le 14 janvier 2015... La fondation Ravelonarivo en prime

Quant au Premier ministre, esprit franc-maçonnique exige, il va protéger jusqu’au bout son ami du Club Rotary Ainga. Mais il aurait aussi intérêt à avoir les pieds sur terre car entre des fonds "prêts" et des fonds "mobilisés", il y a une nuance de la part des partenaires techniques et financiers (PTF).

Septembre 2013. Hery Rajaonarimampianina, ministre des Finances et du Budget durant cinq ans, en imperméable et déjà en cravate bleue, suivi de Guy Ratovondrahona

Il avait été nommé le 12 février 2012 et est subitement décédé le 9 septembre 2013 alors que la cession nébuleuse des parts sociales de la banque BNI-CA était en cours. Il a emporté le secret dans sa tombe

Concernant l’autre ami supérieur du même club devenu président de la république, il est certain qu’il n’a qu’un seul regret : ne pas avoir limogé le Directeur général du Trésor public. Mais le pouvait-il ? Le peut-il ? Orlando Robimanana est certainement détenteur de tas de secrets sur sa gestion de ministre des Finances et du Budget durant cinq ans. En tout cas, méfiance. Rappelons-nous de la mort mystérieuse de Guy Ratovondrahona, gouverneur de la Banque centrale…

Au micro, Orlando Robimanana, Directeur général du Trésor public, qui détient des tas de secrets qu'il n'a pas intérêt à garder tout seul...

Quelle sera la suite de cette triste histoire qui ternit encore plus et le pays tout entier, et ce régime irresponsable composé d’irresponsables ? Rien dans l'immédiat, comme pour la Haute de Justice, car dès demain il faudra que le pouvoir fasse face aux dégâts dus à la rupture de toutes les digues entourant Antananarivo. De jamais-vu depuis la grande inondation de 1959 ! Lâchons la phrase sur toutes les lèvres de la majorité des Malgaches : Dieu a maudit ce régime. Oui, mais ce sera toujours le peuple qui va payer les pots cassés, hélas.

Dossier de Jeannot Ramambazafy – 26 février 2015

Mis à jour ( Samedi, 16 Juin 2018 09:10 )