
Discours intégral du Président de la République de Madagascar, SEM Andry Rajoelina, à l’occasion de la 80è Assemblée des Nations Unies
New York, 24 Septembre 2025
Madame la Présidente de la 80ème Assemblée Générale des Nations Unies,
Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies,
Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Honorable Assemblée,
Mesdames et Messieurs, Tompokolahy sy Tompokovavy,
C’est avec une émotion sincère que je représente mon pays, Madagascar pour notre Assemblée générale annuelle au sein des Nations Unies, dans ce temple du multilatéralisme, notre maison commune.
Nous célébrons cette année les 80 ans de notre organisation.
80 ans…
80 ans à maintenir la flamme de l’unité, à instaurer la paix, pour bâtir un monde juste et solidaire.
80 ans de l’ONU représentent une étape et non pas un aboutissement.
Et c’est ici, En ce lieu symbolique – à l’Assemblée générale des Nations Unies que nous discutons, proposons et décidons des grandes orientations pour un monde pacifique et prospère. Et c’est ici que nous trouvons des solutions aux conflits, et des réponses aux crises. C’est ici même que nous traçons le chemin de notre avenir commun.
Permettez-moi, tout d’abord, d’adresser mes chaleureuses félicitations à Madame Annalena Baerbock, pour son élection en tant que Présidente de cette 80ᵉ Assemblée Générale.
Madame la Présidente, je vous souhaite plein succès dans l'exercice de votre mandat. Soyez assurée du plein soutien de Madagascar dans l’accomplissement de votre mission.
Je voudrais également saluer le Secrétaire Général des Nations Unies, dont l’engagement et le leadership nous rappellent notre mission qui est de placer l’humain au cœur de nos actions.
Mesdames et Messieurs,
L’ONU a toujours porté un idéal : celui de bâtir ensemble un monde de Paix, de Justice et d’Espérance.
Le thème choisi cette année, « Mieux ensemble : 80 ans et plus pour la paix, le développement et les droits de l’homme » nous rappelle que depuis plusieurs décennies, les Nations Unies rassemblent les peuples et les nations pour promouvoir la Paix, favoriser le Développement et défendre les Droits humains.
Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons réaffirmer notre engagement collectif à bâtir un avenir de solidarité, pour relever les défis. Car c’est en conjuguant nos forces que nous pourrons transformer les espoirs de l’humanité en réalités pour tous.
Ce thème est au cœur de nos priorités, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle, dès la proclamation de notre indépendance il y a 65 ans de cela, Madagascar a adhéré à l’ONU.
Cela traduit la conviction de mon pays envers les idéaux de Paix, de Solidarité et de Coopération entre les peuples, prônés par notre Charte.
Aujourd’hui, pour renforcer encore plus cette conviction, et pour la continuité des actions du Système des Nations Unies à Madagascar, nous allons mettre à disposition plusieurs milliers de mètre carrés de bureau afin d’accueillir un Hub pour une présence élargie des Nations Unies sur le territoire Malagasy.
Les défis ont évolué, mais nous continuons de mesurer la force de cet héritage et la nécessité d’adapter les réalités quotidiennes. Pour ne citer que les fractures économiques, les inégalités et surtout les impacts du changement climatique.
Ces menaces fragilisent la paix dans nos sociétés et nécessitent des mesures fortes et communes.
Une des exigences de notre siècle est celle du développement tant attendu par nos populations.
La mission des dirigeants est de créer les conditions permettant à chaque citoyen de contribuer au développement national. Cela exige une vision fondée sur la compréhension des réalités du pays, en valorisant ses atouts et en surmontant ses difficultés.
Madagascar, comme de nombreux pays africains, possède des richesses naturelles abondantes et, pourtant, le développement a trop longtemps été retardé. Et c’est précisément ce retard que nous rattrapons aujourd’hui à travers les projets et programmes que nous menons pour transformer le pays.
Nous devons prendre en main notre destin et être les artisans d’un changement historique.
Refusant la fatalité, nous nous engageons à agir avec conviction et détermination.
C’est dans cet esprit d’inclusivité et de partage que je m’adresse aujourd’hui à vous, non seulement au nom de Madagascar, mais également au nom d’un continent, et de notre organisation afin de porter la voix de la SADC qui regroupe 16 pays d’Afrique Australe, et que j’ai l’honneur de présider en tant que Président de notre organisation régionale.
Notre objectif est de promouvoir l’industrialisation, la transformation du système agricole et la transition énergétique, afin de rendre nos pays et nos peuples plus résilients.
Clair et tourné vers l’avenir, cet objectif traduit notre ambition commune de renforcer nos économies, valoriser nos ressources et assurer le bien-être de nos populations.
C’est un pacte ; un engagement, c’est la feuille de route d’une région qui veut écrire son destin de ses propres mains et pour ses peuples.
Aujourd’hui, dans le monde où nous vivons, les guerres se présentent sous plusieurs formes.
Il y a des guerres armées, visibles et sanglantes, qui détruisent des infrastructures, des villes entières et arrachent même des vies à des innocents.
Il y a la guerre contre les pandémies, comme celle de la Covid-19, que nous avons affrontée ensemble. C’était une bataille mondiale qui a coûté la vie à plus de 14 millions de personnes.
Et actuellement, il y a une guerre sous une autre forme : la guerre économique et commerciale plus silencieuse mais qui pourrait être destructrice car son impact pourrait priver des millions de personnes d’un revenu, d’un emploi et d’un avenir.
Qu’est-ce que ces guerres ont toutes en commun ?
Elles tuent directement ou indirectement.
Elles fragilisent nos sociétés et elles menacent la paix et la dignité humaine.
C’est pourquoi nous devons être vigilants.
Aujourd’hui, un sujet au cœur de l’actualité nous touche particulièrement.
Car, parmi les16 pays composant la Communauté de la SADC, qui est la Communauté de l’Afrique Australe, 14 sont bénéficiaires du programme de l’AGOA.
L’AGOA, je le rappelle, est une initiative américaine qui offre aux pays africains un accès préférentiel au marché des États-Unis, en favorisant les exportations sans droits de douane et en stimulant les échanges commerciaux.
Et seulement pour la région de la SADC, cela représente 358.000 emplois directs qui sont aujourd’hui menacés, dont 60% dans le secteur textile et le reste répartis dans divers secteurs.
Le non renouvellement de l’AGOA engendrerait des conséquences sociales profondes.
L’employabilité de milliers de jeunes et l’élan économique de nos nations seraient menacés.
Car, aujourd’hui, grâce à l’AGOA, les pays de la SADC exportent plus de 11 milliards de dollars par an vers les États-Unis. Derrière ces chiffres, plus de 1,7 millions de personnes sont touchées. Donc si l’AGOA disparaît, Ce sont plus de 700.000 emplois directs et indirects qui pourraient être perdus dans la région de l’Afrique Australe uniquement.
Alors que derrière chaque emploi, Il y a une mère qui nourrit ses enfants, il y a un jeune qui poursuit ses études, il y a une famille qui garde espoir.
Alors l’AGOA, ce n’est pas une simple loi commerciale. Ce sont des visages, des vies, des communautés entières qui se battent chaque jour pour leur dignité.
C’est pourquoi, en tant que Président en exercice de la SADC, je demande solennellement l’extension de l’AGOA, afin d’éviter des conséquences économiques et sociales désastreuses.
Je lance donc un appel à nos partenaires américains : Faisons ensemble le choix de la Stabilité, Le choix de l’Espoir et le choix de la Dignité.
Je plaide pour la poursuite d’un partenariat durable entre les États-Unis et le Continent africain. Préserver l’AGOA, c’est préserver la Paix sociale dans les pays qui en dépendent.
C’est également protéger vingt années de progrès, et garantir un avenir meilleur à nos familles et à notre jeunesse.
Nous voulons des échanges justes, des partenariats équitables et une prospérité partagée.
Nous évoquons, ici, dans le Concert des Nations la paix et la sécurité.
Ainsi, la solidarité entre les Nations ne devrait pas juste être des promesses et des discours mais doit se traduire par des engagements qui garantissent le quotidien de millions de familles à travers le Monde.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Madame la Présidente,
Notre vision est claire : 11 :58 développer notre pays à travers la promotion de l’industrialisation, produire et transformer localement tout ce dont la population a besoin.
Réduire les importations, innover, bâtir des usines et des chaînes de valeur capables de créer des emplois décents et durables.
A Madagascar depuis les 5 dernières années, nous avons emboîté le pas en installant des infrastructures et des parcs semi-industriels sur tout le territoire afin de stimuler la croissance.
Je crois fermement que le développement passe par l’investissement, en misant sur le potentiel de chaque pays, son capital humain, et la volonté politique de ses dirigeants.
Par ailleurs, la Transformation agricole est la clé pour combattre la pauvreté, car notre Souveraineté alimentaire est le socle de notre Indépendance économique.
Alors, plantons aujourd’hui les graines de la Prospérité et de l’Autonomie, pour que demain, nos peuples se nourrissent eux-mêmes.
A Madagascar, dans le domaine de l’agriculture, nous avons soutenu la transformation et la valorisation des produits locaux. Nous avons initié le processus de mécanisation de notre agriculture et nous avons accompagné nos paysans en les dotant de semences et d’intrants améliorés. Notre objectif est de doubler voire tripler le rendement agricole passant de 3 à 9 tonnes à l’hectare pour atteindre l’autosuffisance alimentaire.
Enfin, il n’y a pas de Développement sans une énergie viable, accessible et abordable.
A Madagascar, nous sommes en train d’accélérer la transition énergétique afin d’atteindre une production énergétique à 70% verte d’ici 2028. Pour ce faire, nous allons exploiter notre immense potentiel solaire, éolien et hydroélectrique.
Comme vous le savez, aujourd’hui encore, dans de nombreux pays africains, comme à Madagascar, la production d’électricité repose principalement sur des centrales thermiques. Cette dépendance aux énergies fossiles a un coût économique énorme.
Investir dans l'énergie renouvelable est, donc, non seulement une obligation mais un devoir pour un avenir durable et inclusif.
En seulement 6 ans, le taux d’accès à l’électricité dans mon pays est passé de 24% à 40%. Des progrès notables ont été donc réalisés mais nous sommes conscients que beaucoup reste à faire.
Nous allons encore intensifier les efforts afin d’augmenter la production d’énergie propre pour que les populations rurales isolées ne soient pas laissées pour compte.
Dans ce contexte, la collaboration avec le système des Nations Unies joue un rôle essentiel en valorisant des projets impactants pour les communautés rurales. Ces initiatives illustrent une volonté de bâtir un avenir énergétique plus équitable, durable et innovant.
Enfin, bâtir des infrastructures modernes constitue un passage obligatoire pour le Développement économique et touristique du pays.
D’Est en Ouest, du Nord au Sud, Madagascar se transforme.
Nous avons lancé le projet de construction de la Première Autoroute du pay,s reliant Antananarivo au Grand port de l’Est de l’Ile.
Nous avons modernisé le transport en commun de la Capitale, à travers la construction du transport par câble ou téléphérique et aussi l’instauration du train urbain.
Cela permet de désengorger la ville en transportant plus de 40.000 passagers par jour à son plein potentiel, et réduisant ainsi la circulation de 2.000 véhicules au quotidien.
Par ailleurs, nous avons renforcé la présence de l’Etat dans toutes les localités du pays, surtout dans les endroits les plus enclavés, à travers la construction d’infrastructures proches de la population et dont elle a besoin.
• Nous avons bâti des milliers de logements sociaux.
• Nous avons modernisé les soins à travers la construction d’hôpitaux publics et des centres de santé de base sur tout le territoire national. Si le pays ne comptait que 16 centres hospitaliers seulement, des centres hospitaliers universitaires, jusqu’en 2018, nous avons triplé ce nombre en construisant 30 autres nouveaux hôpitaux de référence en seulement 6 ans.
• Nous avons accompagné l’entrepreunariat des jeunes et des femmes pour viser leur autonomisation.
• Nous avons érigé des stades et des terrains sportifs qui deviennent des lieux de cohésion, de fierté nationale et d’émancipation pour la jeunesse.
D’ailleurs, la tenue du Sommet Youthconnekt à Madagascar, au mois de Novembre, s'inscrit dans le cadre de cet engagement pour la jeunesse en faveur de l'égalité et de l'inclusion, et pour lequel nous vous invitons déjà à participer massivement.
• Enfin, du point de vue de la protection sociale, plus de 250 millions de dollars ont été transférés directement aux familles les plus vulnérables pour améliorer leur quotidien.
Ces réalisations traduisent notre volonté de bâtir un pays solidaire, connecté et tourné vers l’avenir. Mais le dividende démographique reste une véritable variable qui doit rentrer dans l’équation.
Nous devons changer la structure de la population car la croissance démographique actuelle n’est pas proportionnelle à la croissance économique.
Dans certaines régions, des jeunes filles de moins de 18 ans sont déjà mères de famille et la majorité des femmes se retrouvent, en moyenne, avec cinq voire même huit enfants à leur charge.
Elles ont plus de difficultés à les nourrir, les élever, les soigner et les éduquer correctement.
C’est pourquoi, nous avons intensifié le programme de Planning familial pour maîtriser les naissances et transformer la population actuellement dépendante en une population active économiquement productive. La démographie deviendra pour Madagascar un atout et non plus un frein au développement.
Excellences Mesdames et Messieurs,
Madame la Présidente,
Nous voulons offrir un avenir meilleur à nos enfants. Nous devons donc protéger la Planète qui nous héberge.
Madagascar, Sanctuaire de la Nature, avec ses 5% de la biodiversité mondiale et des espèces à 80% endémiques, il faut absolument le protéger. Et comme dans d’autres régions du globe, ces trésors sont en danger.
Face à la déforestation et aux aléas climatiques, les pays insulaires comme nous, subissons les conséquences du réchauffement de la planète. Les cyclones sont de plus en plus fréquents. Ils se succèdent et sont de plus en plus dévastateurs. Les inondations détruisent nos champs et mettent en péril la récolte et les revenus des agriculteurs.
Madagascar est l’un des pays victimes des conséquences du changement climatique.
Notre planète brûle, nos écosystèmes se dégradent alors que les actions et les financements ne suivent pas. Alors, il est grand temps de passer à l’action. Les constats, nous les avons faits. Maintenant, agissons ensemble.
C’est pourquoi, nous appelons encore une fois à une justice climatique pour que les pays pollueurs assument leurs responsabilités et que les financements promis pour l’adaptation (Note : au changement climatique) soient réellement tenus.
Nous avons déjà réaffirmé notre engagement dans la préservation de cet héritage commun, avec un programme de reboisement massif, en plantant des millions d’arbres chaque année. Ainsi, Madagascar a rejoint la Coalition des pays à neutralité carbone “G-Zéro” et se positionne comme un acteur modèle.
Nous avons également renforcé la protection de nos aires protégées.
Nous ambitionnons de restaurer nos forêts, de développer l’économie verte et bleue.
Excellences, Chers leaders, Mesdames et Messieurs,
Madame la Présidente,
Ici et maintenant, à cette auguste tribune, j’appelle à l’Unité et à l’Action.
L’heure n’est plus à la réflexion mais aux stratégies concertées.
L’heure n’est plus à la dépendance mais à l’affirmation souveraine.
L’heure n’est plus à la lenteur mais à l’accélération, à l’audace et à l’efficacité.
Notre mission, c’est notre raison d’être ; notre destinée, une destinée qui vise à améliorer le quotidien des citoyens et qui touche chaque vie, chaque enfant, chaque mère.
Alors, posons-nous la question : Quel monde choisissons-nous pour nos enfants et pour l’avenir de la Génération future ?
Pour mon peuple, pour le progrès, je ne cesserai jamais de déployer toutes les voies et moyens pour accélérer la transformation de mon pays.
Aller plus vite.
Aller plus loin.
Avec courage et avec espoir.
Oui, la tâche est immense et l’attente de la population est grande.
Mais nous savons une chose : La division n’est pas une solution.
L’affrontement engendre l’instabilité.
Alors choisissons l’Unité.
Choisissons la Solidarité.
Choisissons de Bâtir plutôt que détruire.
Car chaque enfant a le droit de rêver et chaque peuple le droit d’espérer.
Alors avançons, unis, debout, ensemble.
Avançons vers le monde que nous voulons.
Je rêve, pour mon pays, pour Madagascar, pour l’Afrique Australe, pour le Continent africain et pour toutes les voix encore peu entendues, d’un avenir où la Paix l’emporte toujours sur la guerre ; où le développement profite à chaque être humain ; où les droits fondamentaux ne soient jamais négociables et où la nature soit préservée comme notre héritage le plus sacré.
Ainsi OUI, nous serons mieux ensemble : pour la paix, pour le développement et pour les générations futures.
Car l’histoire nous a appris que lorsque nous choisissons l’Unité, nous faisons reculer l’instabilité ; lorsque nous cultivons la Solidarité, nous faisons germer la Prospérité.
Pour que les huit prochaines décennies soient marquées par une gouvernance mondiale plus juste, plus inclusive et plus efficace.
Vive les Nations Unies,
Vive la Coopération entre les Peuples,
Et vive Madagascar.
Ary samia isika rehetra ho tahin’Andriamanitra!
Dieu nous bénisse.
Merci de votre attention.
Andry RAJOELINA
Président de la République de Madagascar
Président en exercice de la SADC
Retranscription à l’écoute : Jeannot RAMAMBAZAFY



